Introduction vers une démarche pédagogique pour enseigner le KARATE-DO SHOTOKAI

Publié le par SERRE

 

Introduction vers une démarche pédagogique pour enseigner le KARATE-DO SHOTOKAI

 

 

La question de la pédagogie est primordiale et complexe. En effet, un professeur ou sensei a sous sa responsabilité  un groupe d’élèves dont il doit assurer la progression en s’oubliant lui-même, c’est-à-dire sans se transformer en gourou ou « maître à penser ».

 

En effet, s’il se positionne en « maître à penser », son enseignement aura pour fatale conséquence d’enfermer les élèves dans un attachement supplémentaire envers sa personne, et la pratique du KARATE-DO SHOTOKAI, au lieu d’être libératrice asservira les élèves. Pour l’élève, marcher dans les pas d’un autre est inutile, c’est son propre chemin qu’il doit parcourir.

(À ce sujet vous pouvez consulter mon premier article sur ce blog « TROUVER LA VOIE » et « L’ETAT DE LIBERATION »).

 

Bien entendu, cela sous-entend que le professeur lui-même ai travaillé et avancé sur le chemin de la compréhension de la VOIE de la MAIN VIDE, appelée KARATE-DO. En effet, il semble évident que si le sensei se ment à lui-même en se berçant d’illusion sur sa compréhension de la pratique, la conséquence sera fatalement qu’il mentira plus ou moins consciemment à ses élèves.

 

En effet, dans l’enseignement, la qualité du sensei ou du guide est essentiel tout autant que l’investissement réalisé par l’élève.

 

 

La voie de la main vide est un ART MARTIAL et tout « ART » a pour objectif « le chemin vers la CONNAISSANCE DE SOI ».

 

Bien entendu, les motivations des débutants sont multiples, et l’on vient au KARATE-DO au tout début pour diverses raisons, plus ou moins avouées, comme la volonté de surmonter ses peurs et ainsi dans le but d’apprendre à se battre ou à se défendre avec son corps, la recherche de confiance en soi, la volonté de développer sa force et des pouvoirs presque supranormaux, la recherche d’un TAISSO (gymnastique préparatoire) ou d’une bonne forme physique  etc.  En réalité, beaucoup de sources égotiques et de peurs ou d’angoisses se cachent derrière ces motivations premières...

 

Ainsi, ce sera tout l’ART du sensei que de faire « toucher du doigt » l’essence de la pratique martiale aux débutants munis de motivations diverses et variées bien lointaines de la réalité martiale du KARATE-DO en général et de la méthode SHOTOKAI.

 

Sans revenir longuement sur les mots employés par sensei EGAMI, « …beyond technique… », Il est bien évident que la technique est un moyen au service de la VOIE, le DO, la connaissance de soi.

 

En effet, si l’entrainement se limite à un aspect technique, nous restons dans le caractère SPORTIF de la pratique et nous occultons les finalités spirituelles liées au DO.

 

Le lecteur ne doit pas être effrayé, en effet, le caractère spirituel de la pratique n’a rien à voir avec un quelconque « ésotérisme », il indique simplement que dans la pratique du  KARATE-DO SHOTOKAI l’intégralité de la personne humaine est approchée au travers du corps et de l’esprit.

 

J’aimerai tout d’abord revenir sur les raisons du refus de la pratique compétitive par maître FUNAKOSHI grand défenseur des valeurs traditionnelles du KARATE-DO en tant que fondateur.

 

Même si par l’intermédiaire de la compétition, le pratiquant se met en situation d’aller au delà de « certaines limites », de se surpasser pourrait on dire, la compétition n’en reste pas moins l’activité égocentrique par excellence, en effet, l’objectif principal restant la victoire sur l’autre, la victoire parfois « à tout prix ».

 La compétition a pour moteur ou carburant l’ambition qui suscite inévitablement la médiocrité du cœur et de l’esprit. En effet, l’ambition est superficielle en recherchant en permanence un résultat, et cette soif de DEVENIR un grand champion etc,  pousse l’individu à se concentrer sur sa réussite personnelle. Ainsi, ce besoin de réussir renforce l’EGO, le MOI dont la structure même est la fragilité, et la limitation.

 

Maître FUNAKOSHI avait bien compris les conséquences catastrophiques sur l’EGO de nombreux pratiquants, c’est-à-dire un renforcement du « MOI » ou de l’EGO, allant à l’opposé de la VOIE,  c’est à mon sens pour cette raison qu’il était fermement opposé à la pratique compétitive en vieillissant, et que EGAMI sensei avait repris cette idée dans la méthode shotokai.

 

Ceci n’est en rien une critique de la compétition et des compétiteurs, mais il convient d’avoir une vision lucide de la réalité dans ce domaine.

 

Disons que la compétition dans un domaine ou il n’y aurait aucune recherche spirituelle ne viendrait pas contredire les objectifs fondamentaux de la discipline, mais dans les arts martiaux prônant le DO ou la VOIE, la voie compétitive peut entrer très rapidement en contradiction avec les principaux objectifs de la pratique et de la VOIE, le fondateur le savait mieux que quiconque.

 

En effet, dans la compétition, la victoire sur l’autre devient l’objectif prépondérant, le plaisir ou la satisfaction d’être le premier, le meilleur, la soif de réussir, une illusion qui alimente l’activité égocentrique et disparait vite dans la douleur psychologique.

A terme cette illusion est une source de souffrance et d’insatisfaction plus ou moins importante.

 

 

A/ les principaux objectifs de la VOIE, du DO  en KARATE-DO SHOTOKAI

 

 

 

 

 

La connaissance de soi et le MUSHIN

 

Avant de parler de démarche pédagogique, il convient d’être d’accord sur les objectifs principaux de la pratique, sinon cela n’a plus de sens et personne ne parle le même langage, c’est une image bien entendu.

 

Il m’est arrivé d’entendre durant mes premières années de pratique par certains professeurs, que la pratique consistait en une approche de l’esprit par le corps, ce qui justifiait à l’époque pour certains un keiko (une étude) et des entrainements très rudes voir extrêmes physiquement. Je pense que beaucoup d’anciens ne me contrediront pas, au moins sur ce point.

 

Atteindre l’esprit en entrainant le corps ? Mais dans quel but ? Et comment ?

 

Cela, ces anciens professeurs ne l’expliquaient pas.

 

Aujourd’hui, avec du recul, si l’on met derrière l’expression « atteindre l’esprit », la CONNAISSANCE DE SOI, alors je ne pense pas qu’avec de simples keiko l’on puisse d’un coup de baguette magique atteindre l’état du MUSHIN, l’état de transparence, l’état d’immobilité du « MOI » ou de l’EGO et comprendre lucidement et globalement mais non seulement intellectuellement notre fonctionnement, c’est-à-dire celui de notre esprit ou de notre mental. (Instant après instant, nous sommes notre esprit).

 

En revanche, je crois qu’une « bonne pratique » facilite l’ouverture de certaines portes dans notre mental ou notre  esprit. Et c’est à mon sens un élément essentiel d’une intelligente démarche pédagogique.

 

 

Pour aller plus loin, il convient de définir en quoi consiste une « bonne pratique ».

 

Le sensei doit définir une progression et des exercices au service du DO, c’est-à-dire accompagner ses élèves sur le chemin de la connaissance de soi. Ce chemin, seul l’élève peut le parcourir, personne ne peut le réaliser à sa place.

 

 

B/ Quelques éléments fondamentaux d’une « bonne pratique »

 

 

 

Sans avoir la prétention d’être exhaustif, je donnerai ci-après quelques éléments d’une démarche pédagogique qui me paraissent importants. Bien entendu, il conviendra de définir ensuite un certain nombre d’exercices afin de travailler dans ces différents axes.

 

La pensée et le souffle ont un lien fondamental qu’il convient d’approfondir à travers le keiko. La technique doit être mise au service de la compréhension de ce lien, grâce à une bonne sélection des exercices à réaliser par le professeur.

(Exemple : une personne déprimée, qui n’a pas le moral, prisonnière de ses pensées, respirent de moins en moins bien).

 

Le dynamisme de l’énergie vitale du pratiquant dépend du souffle ou du processus de la RESPIRATION (voir article de ce blog sur l’énergie vitale).

 

Plus la pensée est présente, plus le souffle diminue et plus l’énergie vitale baisse et perd en dynamisme.

 

Ainsi, apparait clairement le lien et l’enchainement étroit entre :

 

«Pensées ou mouvements de l’esprità souffle ou processus de respiration àintensité de l’énergie vitale du pratiquant »

 

Bien entendu, plus le dynamisme de l’énergie vitale est important, plus le pratiquant de KARATE-DO SHOTOKAI sera en mesure d’atteindre l’immobilité du mental, c’est donc en réalité un cercle vertueux.(les flèches pouvant s’inverser).

 

 

Il convient de déterminer des exercices et des techniques au service de la compréhension de ce cercle vertueux.

 

Mettre en place des exercices qui permettent la prise de conscience du souffle ou du processus de la respiration, car le dynamisme de l’énergie vitale en dépend.

 

Chaque posture et chaque mouvement ou enchainement doivent respirer, ou être au service du souffle dont dépend l’énergie vitale du pratiquant.

 

L’axe juste des postures de karaté-do permet un bon dynamisme du souffle avec de très bonnes conséquences sur l’énergie vitale du pratiquant.

 

Des déplacements harmonieux et fluides respectent le processus respiratoire et favorisent le transfert de l’énergie.

 

Bien entendu, derrière ces différents constats ou axes, des exercices doivent être mis en place par le professeur.

 

 

De l’état du MUSHIN, de la vigilance, ou  de l’attention sans contrainte nait l’énergie authentique. Et pas un atome d’énergie n’est perdu.

 

 

Il faut accepter de ne pas savoir et ainsi percevoir la vérité instant après instant et démêler le faux du vrai a chaque seconde. Toute recette préétablie par notre mental est erronée, ce ne peut être qu’une illusion. Et vivre et se maintenir dans l’illusion est à l’opposé de la VOIE ou du DO.

 

 

Il convient de rappeler les 4 axes fondamentaux de la pratique, sur lesquels doit s’appuyer une « bonne démarche pédagogique » :

 

 

Ø      l’état de corps ou physique (articulations souples et déliées, muscles détendus et disponibles etc.),

 

Ø       l’état psychologique du pratiquant (transparence ou MUSHIN, vigilance ou attention),

 

Ø       La qualité  des postures avec l’axe juste des postures (exemple : axe vertical ou alignement tête bassin etc.) et l’équilibre des postures (dont la juste intensité dans la posture..),

 

Ø       le mouvement (qui n’est autre qu’une succession de postures statiques qui doivent s’enchaîner de manière fluide et cohérente).

 

 

L’exemple des KATAS en KARATE-DO SHOTOKAI :

 

 

 

Le mental copie mais copier n’est pas satisfaisant, ainsi il convient de connaitre les katas jusqu’au moment ou l’on imite plus, l’on ne compare plus, car la copie et la comparaison sont  le produit de la pensée, donc un mouvement de l’esprit.

 

Tant que la pensée est présente, sachant qu’elle n’est rien d’autre qu’un mouvement du « MOI »,  de l’EGO ou de notre conscience, l’état d’attention des arts martiaux ou MUSHIN n’est pas.

 

Le KATA doit être exécuté avec un corps en mouvement et un esprit en parfait état d’attention donc parfaitement immobile. Une immobilité installée sans aucune contrainte par le pratiquant.

 

Nous verrons qu’installé l’état du MUSHIN sans s’y forcer (sinon c’est la pensée qui intervient) reste le point le plus difficile, car cela nécessite d’avoir déjà fait un grand pas sur le chemin de la connaissance de soi.

 

Une « bonne pratique » doit travailler sur les bonnes attitudes du corps, la compréhension du fonctionnement de l’esprit et surtout les liens existants entre le physique (le corps) et le mental (l’esprit), on peut donner pour exemple le lien important cité plus haut : pensées->souffle ou respirationàénergie vitale.

 

 

 

Gil SERRE.

 

 

Pour plus d’informations sur les notions d’EGO et de MUSHIN, voir les articles de ce blog sur le sujet

(Trouver la VOIE, l’état de libération, l’état du MUSHIN des arts martiaux).

 

Je suis disposé à répondre à toutes questions sur ce texte, je reste à votre disposition, bien à vous.

 

 

 

 

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